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Depuis plusieurs millénaires, le sommet du mont Saint Sabin, culminant à 1120 mètres d'altitude, a revêtu plusieurs rôles et fonctions marquants dans la vie et la mémoire des habitants de la région.

1. Un lieu de refuge et de prière

Le Refuge

En des époques troubles (les « temps perdus »), les populations vivant sur les hauteurs du massif du Pilat avaient besoin de sites protégés. Certains d'entre eux devinrent d'abord des lieux de culte païen, puis chrétien. Ce fut le cas du mont Saint Sabin : sa position surélevée offrait un panorama de surveillance à 360° facilitant l'isolement et la défense. Des murailles, dont on a retrouvé les vestiges, venaient autrefois renforcer ces protections naturelles.

La Prière

Les restes d'un autel sous forme de roche brute (mesurant 1,30 m de hauteur et de largeur) attestent de la présence de cultes primitifs. Cette pierre comporte sur sa surface une cupule triangulaire de 30 cm de long. S'agissait-il d'une pierre sacrificielle ou d'un lieu de guérisons miraculeuses ? La question demeure ouverte. De petites croix gravées sur certaines roches semblent quant à elles indiquer la purification du site lors de son annexion par l'Église, les nouvelles religions choisissant souvent de récupérer d'anciens lieux sacrés païens.

2. Le pèlerinage traditionnel

Le pèlerinage au sommet est connu depuis de nombreux siècles sous la forme d'une tradition populaire et religieuse. L'écrit le plus ancien connu à ce jour remonte à 1421 : il y est fait mention du péage des animaux lors du pèlerinage ou « réméage » de la Pentecôte.

Durant plusieurs jours, les prêtres officiaient dans la chapelle du mont. La dernière étape rituelle avant la montée finale vers le sommet était une halte à la ferme-auberge de Saint Sabin (l'actuelle Auberge Vert Ânes), où humains et animaux se reposaient. Les pèlerins venaient s'y restaurer et vénérer les reliques du saint gardées dans l'arrière-salle avant de faire une offrande.

Une fois parvenus sur le plateau sommital, chacun cueillait un brin d'alchémille des Alpes (l'« herbe du saint »). Ce bouquet était frotté sur les pieds de la statue de Saint Sabin puis béni par le prêtre, conférant une année entière de protection aux troupeaux.

3. Le martyr de Saint Sabin

Le récit de son martyre fut recueilli par le cardinal Baronius et l'évêque Quilin, figurant au martyrologue romain.

Saint Sabin, évêque très éloquent de la ville de Spolète en Toscane, fut arrêté avec ses diacres par Venustien, le gouverneur local. Ayant refusé de se plier au culte d'une idole de Jupiter qu'il jeta à terre et brisa, il fut condamné à avoir les mains coupées.

Enfermé en prison, il rendit miraculeusement la vue au neveu d'une veuve chrétienne nommée Serene. Ébloui par ce miracle, le gouverneur Venustien (souffrant lui-même d'un mal oculaire) implora le saint de le baptiser, lui et sa famille, et recouvra aussitôt la vue.

L'empereur Maximien, informé de ces conversions, ordonna la mise à mort de Venustien et de sa famille. Saint Sabin fut torturé et mourut le 17 décembre 301 (ou 303). Il fut enterré par la veuve Serene, qui prit soin de recueillir ses mains sectionnées et de les conserver dans un vase de verre.

4. Statuaire et représentations du culte

La dévotion locale à Saint Sabin s'est historiquement matérialisée autour de trois statues d'art populaire :

Après la réhabilitation de la ferme-auberge en 2011, la municipalité de Véranne a pris en charge les statues. Elles sont aujourd'hui préservées et exposées au public à l'intérieur de l'église paroissiale de Véranne.